L'architecture nord-américaine devrait s'inspirer de ses paysages et de son climat. C'est ce qu'a fait l'architecte Nathalie Tousignant. Sa maison est une merveilleuse synthèse des grands espaces, de la lumière, de la végétation et de la neige, dont l'essence transparaît au coeur d'un projet qui a le pouvoir d'intensifier nos émotions et de modifier notre perception au fil des saisons.

En pénétrant dans la maison de Nathalie Tousignant, on est frappé par la lumière et la simplicité apparente qui se dégage des lieux. Mais derrière cette nudité des surfaces et cette géométrie pure se cache un discours bien plus profond qui permet au visiteur de se déconnecter complètement de la réalité urbaine si trépidante et chaotique.

Ce qui nous est offert ici, c'est une succession d'expériences spatiales reposantes, articulées de façon séduisante et inattendue. Un dialogue silencieux dans lequel on redécouvre toute la poésie de l'architecture, qui fait écho à celle de la nature omniprésente que l'on aperçoit au travers d'immenses baies vitrées, mais aussi par de plus petites ouvertures horizontales ou verticales.

Fluidité spatiale

De l'immense hall d'entrée ouvert sur deux niveaux au séjour et aux chambres à l'étage, le projet de près de 600 m2 est traité dans sa globalité comme un espace unique qui se développe autour d'un escalier central et de surfaces planes (murs, plafonds, planchers) qui ressemblent délibérément à des parois mobiles prêtes à s'ouvrir à tout moment.

«Au rez-de-chaussée, l'idée était d'avoir un immense plan libre horizontal dans lequel le mobilier, plutôt que la structure, viendrait délimiter l'espace. Je voulais une aire multifonctionnelle, pour pouvoir préparer les repas, discuter avec les amis et garder un oeil sur les enfants en train de s'amuser», explique Nathalie Tousignant. L'architecte a réussi à donner vie à cet espace très convivial, délimité par un plancher en chêne blanc blanchi, des murs immaculés qui ont l'air de vouloir se poursuivre vers les terrasses, et quelques meubles parfaitement bien choisis pour habiter l'espace.

À l'étage, le même principe de vases communicants est retenu. L'escalier, qui devient passerelle, sépare la section des enfants de celle des parents. D'un côté on retrouve quatre chambres et une salle de bain, et de l'autre deux bureaux, la chambre des maîtres et sa salle de bain attenante séparée par un simple «mur rideau», et même si ces deux sections sont physiquement séparées, elles restent visuellement très liées.

Forme et fonction

Dans la maison de Nathalie Tousignant, forme et fonction ne font qu'un. «À l'intérieur, rien n'est anodin et tout a été pensé dans les moindres détails. De l'éclairage au mobilier, chaque recoin de l'espace a une fonction et un sens», explique l'architecte. Par exemple, le détail du retrait au pied et à la tête de chaque poteau ou de chaque mur a son rôle à jouer; c'est lui qui insuffle l'idée de l'énergie qui circule un peu partout dans la maison. Chaque aire de la maison communique ainsi avec l'aire d'à côté, suivant ce trait sombre qui laisse la place à toutes les formes d'expression, de la plus géométrique à la plus philosophique... Partout, le blanc domine : il est poétique, il est lumière, il est mystique. Il fait ressortir la moindre matière qui se trouve sur son passage : le chêne blanc du plancher, le bois d'acajou des fenêtres, le métal anthracite de certains panneaux ou meubles. Telle la neige en hiver, le blanc est un révélateur extraordinaire : il dilate le temps et modifie les sensations.

Nature et architecture

À l'extérieur, la maison reprend le même discours architectural basé sur la simplicité des lignes et sur le dialogue avec le contexte existant. Situé dans un quartier résidentiel de la Rive-Sud de Montréal, le projet actuel occupe l'emplacement d'un ancien bungalow des années 1950 : «Nous avons démonté le "bungalow" brique par brique et conservé les fondations, le sous-sol et les pierres grises de la cheminée et du mur de refend. Par ailleurs, l'horizontalité très marquée du "bungalow" d'origine a été volontairement reprise dans les deux bandeaux de métal anthracite, la marquise et le débord de toit, pour préserver au maximum l'essence des lieux», souligne Nathalie Tousignant.

La façade sur rue a l'air de sortir du sol, telle une plante qui surgit de la terre. Traitée dans des matériaux et des couleurs qui rappellent ceux de la nature environnante, la maison à l'horizontalité très marquée évoque certains des projets du défunt maître Frank Lloyd Wright, un génie de l'architecture que Nathalie Tousignant affectionne tout particulièrement.

La dynamique du bâtiment est soulignée de façon subtile par un traitement paysager (réalisé par l'architecte elle-même) qui poursuit l'idée centrale du projet : reconnecter habitat et nature, pour que les saisons et le climat deviennent partie intégrante de l'architecture et qu'on en retienne les avantages plutôt que les inconvénients.

Surfaces nues

Nathalie Tousignant conçoit la totalité de son projet comme un paysage architectural très cohérent. L'intérieur est une vision essentielle de notre paysage hivernal, tandis que l'extérieur épouse l'horizontalité du cadre naturel. Pour pouvoir vivre au rythme des saisons, l'architecte a choisi un dépouillement, une simplicité qui invite non seulement à la contemplation, mais aussi au dialogue constant entre les éléments naturels et l'homme. À travers une quête esthétique, elle nous fait comprendre la valeur puissante d'une surface nue, ici synonyme d'espace, de lumière et de poésie...



Source : www.ledevoir.com