On ne connaît pas encore avec précision la raison pour laquelle une femme sur huit développera au cours de sa vie un cancer du sein, même si quelques facteurs de risque ont été identifiés parmi lesquels on peut citer les antécédents familiaux, l'âge, la nulliparité, une première grossesse après 30 ans, une ménarche précoce associée à une ménopause tardive, les imprégnations hormonales...

Une fois le diagnostic posé, il est important de tester le tissu mammaire prélevé afin de savoir si les récepteurs hormonaux sont toujours actifs, auquel cas on administrera une hormonothérapie.

Surexpression

On recherchera aussi la présence d'un récepteur particulier au niveau des cellules cancéreuses. Ce récepteur, que l'on appelle HER-2 (Human Epidermal growth factor Receptor-2) parce qu'il favorise la pénétration au coeur des cellules de facteurs de croissance, est surexprimé dans certaines formes de cancer du sein.

Cette surexpression se traduit par la présence de plus de 2 millions de récepteurs à sa surface alors qu'une cellule normale en compte rarement plus de 2000. On estime à 20-30 pc les femmes qui sont HER-2 positives; ce sont aussi celles qui, généralement, déclenchent leur cancer plus tôt dans leur vie et de manière plus agressive.

Anticorps monoclonal

On ne disposait jusqu'il y a peu que de peu d'armes spécifiques pour ce type de cancer dont le pronostic était effectivement moins bon, jusqu'à ce que les chercheurs mettent au point un anticorps monoclonal qui vienne bloquer ce récepteur et empêcher les facteurs de croissance de venir stimuler la cellule. Cette molécule, qui a d'abord été utilisée dans les cancers les plus graves, les cancers métastatiques, a montré des résultats à ce point intéressants (réduction de 52 pc du risque de récidive et réduction de 33 pc du risque de décès) que le BIG (Breast International Group), sous la présidence du PrMartine Piccart de l'Institut Bordet a mis en route une autre étude proposant le trastuzumab (Herceptin, développé par la firme Roche) à une phase plus précoce du cancer du sein.

HERA, la bien née

HERA, pour HERceptin Adjuvant est une vaste étude, randomisée (ce qui signifie que les patientes reçoivent de manière aléatoire le médicament de l'étude ou un placebo) qui a inclus 5090 patientes avec cancer du sein de stade précoce mais invasif, avec présence de récepteurs HER-2, après avoir bénéficié d'un traitement optimal comprenant chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie éventuelle.

Comme les chercheurs ne connaissaient pas de manière précise la durée optimale du traitement par Herceptin, les patientes ont été réparties en trois bras: Herceptin durant 1 an, Herceptin durant 2 ans et placebo. Les résultats préliminaires du premier groupe ont déjà été communiqués lors du congrès américain d'oncologie en mai et publiés tout récemment dans le «New England Journal of Medicine», et ils vont dans le sens attendu. «Au-delà même de nos espoirs, nous confiait le PrPiccart, avec une réduction de 46 pc du risque de récidive après un an, tandis qu'un an après l'arrêt, l'avantage est tout aussi évident avec 86 pc de femmes sans récidive contre 77 pc chez les femmes qui avaient bénéficié du traitement optimal, mais sans Herceptin.»

De plus, le comité de surveillance de l'étude a fortement conseillé à toutes les femmes qui avaient participé au bras Herceptin durant un an, de continuer leur traitement, car les résultats préliminaires à 2 ans, qui n'ont pas été dévoilés, sont tout aussi encourageants.

Précautions indispensables

De manière moins fréquente que dans d'autres études, au cours lesquelles la Herceptin était administrée immédiatement ou presque après la chimiothérapie classique, les chercheurs ont détecté des insuffisances cardiaques (0,5 pc des cas), ce qui implique que les femmes traitées par Herceptin doivent être suivies attentivement sur le plan cardiologique, quel que soit leur âge. En dehors de cette complication, les effets secondaires sont classiques, bien connus, et généralement bien tolérés.

Ce qui permettait au PrPiccart de conclure que, «en dehors des femmes qui présentent des petites tumeurs (inférieures à 1 cm), n'ont pas de ganglions, ou ont plus de 70 ans (ces 3 catégories n'étaient pas représentées dans l'étude, on ne peut donc extrapoler), toutes les femmes présentant un cancer du sein HER-2 positifs devraient recevoir, durant 1 an au moins, de la Herceptin sous contrôle cardiologique». Ce qui représente dans notre pays 1000 femmes environ chaque année.

Quand on sait que le coût initial du traitement (un an) est de 36000€, mais qu'il permet d'économiser par la prévention des récidives, on comprend aisément la raison pour laquelle la France et les Pays-Bas ont déjà accordé un remboursement sous condition de ce produit «révolutionnaire», pour reprendre les termes du PrPiccart. Pour ce qui est de notre pays, la balle est dans les mains du ministre Demotte.



Source : www.lalibre.be