Quarante femmes meurent chaque jour en Europe d'un cancer du col de l'utérus! La phrase est sèche, mais elle exprime clairement les préoccupations des experts actuellement réunis à Paris dans le cadre du Congrès européen d'oncologie clinique.

On les comprend, surtout lorsqu'on examine les chiffres fournis par les instituts d'épidémiologie: 59929 nouveaux cas ont été diagnostiqués en Europe en 2002, dont 29814 vont décéder; 470606 nouveaux cas se déclenchent chaque année dans le monde, soit 11 pc des cancers féminins, le cancer du col étant ainsi le deuxième cancer par ordre de fréquence chez la femme.

Un lien très étroit

Le seul responsable de ce triste constat est un virus, de la famille des virus herpès, appelé human papillomavirus (HPV), dont on connaît plus de 100 sous-types et dont 30 infectent directement la sphère génitale. Ce qui veut dire aussi qu'ils peuvent infecter d'autres sphères. Et cet HPV est responsable de 99,7 pc des cas de cancer du col (les 0,3 pc restants étant probablement des faux négatifs)! Parallèlement, on sait que les HPV sont à l'origine de 80 pc des cancers de l'anus, 25-30 pc des cancers de la vulve ou du pénis, 30 pc des cancers de l'oropharynx...

L'infection par HPV, qui se produit essentiellement par voie génitale est extrêmement fréquente, puisqu'elle atteint selon certains auteurs près de 7 personnes sur 10. Fort heureusement, la plupart du temps, notre organisme se défend contre cet envahisseur encombrant, que même le préservatif ne permet pas d'éviter à coup sûr. Cependant, 20 pc des personnes atteintes développeront une infection chronique qui fera le lit de petites lésions précancéreuses au niveau du col chez la femme, lésions qui pourront à la longue se transformer en cancer invasif.

Manque d'efficacité

On perçoit par ailleurs tout l'intérêt d'un dépistage et d'un diagnostic précoce quand on sait que le pronostic du cancer du col est de 100 pc lorsqu'il est dépisté au stade intraépithélial. Dans cette optique, la Belgique appartient au top européen, avec 78 pc des femmes âgées de 25 à 64 ans qui réalisent, selon les recommandations, un frottis de col en dépistage tous les 3 ans.

Cependant, malgré cet excellent bulletin, l'incidence des cancers du col, bien qu'en diminution constante, est encore trop élevée chez nous, avec 12,8 cas pour 100000 femmes, et 6,2 décès par 100000 femmes chaque année (soit à peu de choses près la moyenne européenne).

Cependant, si, au stade précoce, les traitements du cancer du col ont une efficacité de bon aloi, ils ne sont pas démunis d'effets secondaires, parfois traumatisants. Sur le plan psychologique, les femmes peuvent ressentir cela comme la stigmatisation de leur sexualité; sur le plan personnel, elles peuvent percevoir les gestes chirurgicaux (qui peuvent aller jusqu'à l'hystérectomie) comme une perte de leur identité féminine, tandis que, sur le plan médical, les risques du geste le plus simple, la conisation (ou extraction en carotte du col de l'utérus) augmente de façon dramatique le risque d'accouchement prématuré...

Et que dire alors de la chimiothérapie, nécessaire dès que les cellules cancéreuses ont envahi une partie de la matrice, quand on sait que son efficacité culmine à 20 pc!

Prévention primaire

Il faut donc privilégier la prévention primaire, clament haut et fort les experts, et empêcher la maladie de s'installer. Et si certaines mesures ont montré une efficacité majeure, elles sont parfois impossibles à obtenir (l'abstinence totale) voire difficiles à maintenir sur le long terme (la monogamie des deux partenaires...). Enfin, rappelons que le cancer du col atteint des femmes jeunes!

La seule solution passe dès lors par la vaccination, une étape d'autant plus importante que l'on constate depuis quelques années, une modification du type des lésions cancéreuses provoquées par le HPV, modification telle que ces lésions sont de plus en plus difficiles à découvrir à un stade très précoce.



Source : www.lalibre.be