La réforme, oui ! le plâtrage, non !
Par Blog marocain, lundi 12 décembre 2005 à 21:13 :: Sport :: #288 :: rss
Le Football marocain va très mal et vit une profonde crise. Ce constat est partagé par tout le monde et nul ne peut le contester et encore moins le nier. Les résultats obtenus ici et là ne modifient en rien la nature de cette crise et son caractère structurel.
Nombreux sont les indicateurs révélateurs de cette situation : crise financière, qualité du jeu, état des stades, désertion du public, fuite des joueurs etc. Mais il y a un indicateur qui révèle l’impuissance de notre football et le met à nu. Il s’agit de la composition de notre équipe nationale. Une petite rétrospective nous indique qu’avant 86, l’ensemble des joueurs de notre sélection a été formé par nos clubs locaux. En 94, un seul a été formé en Europe.
En 98, six ont été formés en Europe. En 04/05, seule une poignée formée au Maroc est admise en sélection. Pires, les sélections inférieures puisent également dans cette manne tombée du ciel. Cette tendance est une constante chez tous les sélectionneurs. Cet état dure et perdure depuis longtemps. Il va en s’aggravant et en s’accentuant. Pendant ce temps, les inamovibles responsables du football sont restés figés dans un immobilisme extravagant.
Soudain, ces responsables -dans une sorte d’illumination ou touchés par une grâce divine- ont concocté un projet de réforme avec comme objectif la professionnalisation de ce sport. Ce projet a obtenu l’assentiment du gouvernement avec un contrat programme à la clef évalué à plusieurs millions de DH et étalés sur 5 ans.
Une telle initiative et notamment l’objectif annoncé ne peuvent que réjouir les amoureux de ce sport. Hélas, dès l’annonce du contenu de ce projet, il s’est avéré que cette réforme est une farce. Pire une escroquerie intellectuelle qui risque de coûter très cher aux contribuables.
D’aborder la méthode utilisée est contestable et d’ailleurs elle est contestée. En effet, on n’a procédé à aucune consultation ni concertation avec les acteurs concernés et notamment ceux du terrain : cadres techniques, joueurs, arbitres,. En principe, ce genre de projet doit émerger d’un vaste débat public, une sorte d’états généraux.
Passons à présent au contenu et analysons le sur les trois principaux thèmes : Réduction de l’élite à 12 On se demande encore par quelle opération du saint-esprit on a obtenu ce nombre magique. Plus sérieusement, ce point est capital et dangereux. Notons d’abord qu’en Europe, on fait l’inverse (Italie de 16 à 20 clubs, la France de 18 à 20 plus la coupe de la ligue, l’Espagne et l’Allemagne de 18 à 20). Oui, dans un championnat véritablement professionnel, ça permet de générer davantage de ressources. Par ailleurs, il est illusoire de croire que réduire le nombre d’équipes augmente de facto le niveau qualitativement.
Mais plus grave, cette mesure aboutit inéluctablement à une carte géographique du football limitée à la zone Casa-Rabat élargie dans un rayon de 200 kms. Et c’est le but recherché. Ça serait catastrophique et ne correspondrait à aucune réalité footballistique du pays. Par des choix politiques de développement économique et social des différents gouvernements, des régions entières ont été abandonnées. Ce déséquilibre s’est naturellement retrouvé dans le domaine sportif.
Mais, il ne demeure pas moins, que certaines régions -comme la partie orientale- sont des vraies terres de football. Elles l’ont démontré par le passé et le démontrent encore aujourd’hui. Un club comme le MCO dispose d’une vraie assise populaire. Nonobstant les handicaps et le manque de moyens inhérents aux politiques suivies, il a écrit des pages en lettres d’or de notre football et inscrit son nom dans le palmarès avant d’autres clubs disposant pourtant d’atouts et profitant d’une situation géographique plus favorable. Les noms des Filali, Maghfour, Mustapha, Smiri (un véritable génie) et d’autres résonnent encore dans nos cœurs. Aujourd’hui encore, Le MCO fournit des joueurs de grandes qualités.
On peut également citer l’OCS qui démontre l’engouement de cette région et son amour pour le football. Ainsi, au lieu de réparer l'iniquité, on va ajouter l’injustice à l’injustice. Oui, la manne gouvernementale sera encore une fois répartie sur une poignée de clubs qui ont déjà profité et qui profitent encore d’avantages intolérables.
Installations et centres de formations Ce point rejoint d’une certaine manière le premier. D’abord, il est légitime de faire appel à l’argent public pour rénover et construire des installations sportives. La question fondamentale est comment répartir cet argent public ? le « comment se décline en plusieurs dimensions ».
Limitons l’analyse aux centres de formation. La raison et le bon sens nous incitent à encourager ceux qui pratiquent la formation. Or, l’état actuel montre que ce ne sont pas les grosses cylindrées qui forment leurs joueurs. Il faut cesser ces slogans lancés par des charlatans en parlant d’Ecole de tel club. Non, ce sont des clubs comme Bernoussi, Berchid ou le MAS qui pratiquent la formation et qui se font dépouiller souvent sans contrepartie de leur travail.
Un véritable projet doit encourager ces clubs et les protéger en légiférant notamment sur l’indemnisation de la formation en conformité avec les normes FIFA. S’agissant des stades, là également il faut raison garder. Aucun club ne mérite un stade dont la capacité dépasse les 20.000 places. Une affiche ou deux dans l’année qui attirent 50.000 spectateurs ne justifient pas des stades d’une telle capacité. C’est une aberration économique et sportive.
Contrat des joueurs et des cadres Ce point est la raison de ce projet et la FRMF l’a avoué a demi-mot. Oui, il s’agit de trouver une parade à la fuite des pieds fondée sur le droit FIFA. Après tout pourquoi pas ? La relative ouverture de la société marocaine s’est effectuée sous la pression de facteurs extérieurs. Alors, s’appuyer sur ce point pour faire évoluer le football est une bonne initiative, à condition de le considérer comme un levier et donc un atout pour élaborer un véritable projet structuré. Là ou le bât blesse est qu’on emprunte le chemin inverse : on considère ce point comme un INCONVENIENT et on cherche à le contourner. Le reste n’est qu’un habillage qui va coûter cher à nos chères contribuables.
Mais nous n’y trompons pas, il ne suffit pas d’avoir des contrats, encore faut-il qu’ils soient aux normes FIFA et l’on en est encore loin et donc retour à la case de départ. Par ailleurs, comment a-t-on pu croire réussir ce volet du projet selon un scénario big-bang ? Là également ça montre l’absence d’une démarche de ce projet. Aucun état des lieux de la situation globale n’a été réalisé. Or c’est la première étape d’un tel chantier.
En outre, ce point doit être cadré et encadré. Il n’est pas question de proposer un contrat type pour tous les clubs. Néanmoins on doit ériger des directives en conformité avec les normes FIFA pour tout le monde. D’abord le salaire du joueur doit respecter un salaire minimum compromis entre les dirigeants et les représentants des joueurs qui supposent l’existence d’un syndicat des joueurs. Or ces deux points n’ont jamais été abordés.
Il faut également préciser le droit des joueurs à des vacances ce qui suppose l’élaboration d’un calendrier adapté à cet effet et connu à l’avance. Suivez mon regard. Dans ce domaine, la FRMF montre un amateurisme extravagant, un je-m’en-foutisme insupportable et un mépris intolérable, n’hésitant pas à reporter une journée 48 avant la date. Amor dirigeant de la RAM sera-t- tolérant avec l’OCK victime de Amor dirigeant de la FRMF ?
En guise de conclusion, ce projet est mal ficelé. Il est mené en dépit du bon sens. La méthode est détestable, la démarche est inexistante et les objectifs réels sont cachés et inavoués. Il risque de nous coûter cher pour un résultat nul. La première réforme doit être celle des instances dirigeantes à savoir la FRMF et le GNF.
L’épisode de la nomination de Troussier, les effets à retardement de cette décision et la gestion à la petite semaine du calendrier des compétitions nous montrent si besoin est, la qualité de gestion et de management des responsables actuels censés être les bâtisseurs et les promoteurs du projet de professionnalisation de notre football d’élite. Hélas oui, ces responsables baignent encore dans l’océan de la médiocrité, de l’amateurisme, de l’approximatif, de l’improvisation, de l’artisanal et du bidouillage. Par leur manière de faire, ces responsables ne peuvent incarner un tel changement.
Source : www.menara.ma
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