La jeune Mexicaine, âgée alors d'une vingtaine d'années, a osé dire non au jeune révolutionnaire, repoussant la proposition de celui qui s'apprêtait en 1956 à monter à bord du voilier Granma, début de l'épopée de la guérilla qui mènera Fidel Castro au pouvoir en 1959.

Fille de républicain espagnol exilé au Mexique, Isabel Custodio était à l'époque étudiante en philosophie, féministe et militante. A 30 ans, Fidel Castro, condamné pour l'attaque de la Moncada à Santiago de Cuba, venait d'être amnistié et expulsé au Mexique. Ils se sont rencontrés dans une prison. Elle accompagnait le journaliste Nestor Almendros qui voulait voir ses jeunes compatriotes prêts à tout pour en finir avec la dictature de Fulgencio Batista.

Ils n'ont pas échangé une parole, mais quand il sortit le lendemain de prison, il vint la chercher chez elle, la conduisit en voiture à l'université et demanda sa main. "Comme cela", dit-elle. Fidel avait déjà divorcé de Myrta Diaz Balart et était père de Fidelito. La romance dura neuf mois. "Je crois que ce qui s'est passé entre nous fut la conjonction de la rencontre de deux exilés, avec les mêmes idées, et du coup de foudre...", résume une femme toujours coquette, refusant de dire son âge.

"Pour le bien de la Révolution, laisse-le libre"

La belle histoire d'amour a tourné à la tragédie avec l'enlèvement d'Isabel et au roman d'aventure, quand Fidel et ses compagnons vinrent la délivrer à coups de révolver. La maison d'Isabel était devenue une cache d'armes. Elle participait à la recherche de fonds et les sbires de Batista étaient à l'affût.

Quelque chose s'est cassé. "Je tremblais à mesure que les préparatifs de la noce avançaient". Les préparatifs pour le départ du Granma avançaient aussi. "Je ressentais que j'étais devenu un poids de plus en plus lourd. Il y avait l'inconnu du débarquement à Cuba. Probablement ils allaient tous mourir, et de fait, la moitié n'a pas survécu. Fidel a eu de la chance de s'en sortir", se souvient-elle.

Ernesto "Che" Guevara et le frère de Fidel, Raul, étaient opposés à ce mariage. "Pour le bien de la Révolution, laisse-le libre", lui cria un jour le "Che", raconte-elle dans le livre récemment publié à Mexico. Quelques heures avant la noce, elle dit non en pleurant à Fidel. Il sortit de la chambre sans rien dire.

"Je n'ai jamais eu peur de lui, car il avait deux personnalités; l'une connue de tous, et l'autre l'intime. je savais faire la différence". Pourquoi raconter cette histoire 50 ans après? "il fallait que ce soit ainsi", répond-elle. "Aujourd'hui, tout le monde s'exclame: tu connaissais Fidel, le Che..! oui, mais à cette époque, ils n'étaient rien, c'était des morts-de-faim", dit-elle en riant.



Source : www.menara.ma