Il est dorénavant impossible d’exporter du caviar et autres produits d’esturgeons provenant de stocks communs», c’est-à-dire de zones de pêche partagées entre plusieurs pays, principalement la Mer Caspienne, a indiqué le secrétariat de la Cites dans un communiqué.

En pratique, tous les esturgeons vivent dans des eaux que se partagent plusieurs pays. Outre la Caspienne, la Cites a constaté «un grave déclin» des populations d’esturgeon dans les autres zones de pêche commune comme celles de la mer Noire et du cours inférieur du Danube (Roumanie, Bulgarie), ainsi que dans le fleuve Amour (Heilongjiang en chinois) entre la Chine et la Russie.

L’exportation d’oeufs d’esturgeon d’élevage reste autorisée.

La Cites, un organe onusien qui regroupe 169 pays, a rejeté les quotas de pêche soumis par les pays exportateurs pour 2006, estimant qu’ils «ne reflètent pas pleinement la diminution des stocks ou ne tiennent pas suffisamment compte de la pêche illégale», selon le communiqué.

Depuis 1998, la Cites avait déjà pris des mesures d’interdiction des exportations de caviar, mais qui ne portaient que sur certaines espèces d’esturgeon parmi les plus menacées et que sur certaines zones de pêche comme celle de la mer Caspienne, d’où provient 90% du caviar mondial, a expliqué David Morgan, chef de l’unité scientifique du secrétariat de la Cites.

«L’interdiction (annoncée mardi) est plus large», a-t-il dit.

La Cites est par définition incapable d’évaluer l’ampleur de la contrebande en provenance des principaux pays exportateurs que sont l’Iran, la Russie et le Kazakhstan, riverains de la Caspienne. Mais le trafic illégal représenterait «plusieurs fois les quantités vendues légalement», a estimé M. Morgan.

«Les pays qui souhaitent exporter des produits d’esturgeons provenant de stocks communs doivent démontrer que les quotas de prise et d’exportation qu’ils proposent reflètent les tendances de population actuelles et sont durables», a déclaré le secrétaire général de la Cites, Willem Wijnstekers, cité dans le communiqué. «Pour cela, ils doivent aussi tenir pleinement compte des poissons pêchés illégalement», a-t-il ajouté.

La Cites demande aussi aux importateurs comme l’Union européenne de «veiller à ce que toutes les importations proviennent de sources légales». Ces pays doivent établir un système d’enregistrement de leurs usines de traitement et de réemballage ainsi que des règles pour l’étiquetage du caviar réemballé. Beaucoup d’entre eux «n’appliquent toujours pas de mesures en ce sens», a regretté l’organe onusien.

Les pays producteurs sont par ailleurs invités à «mettre l’accent sur le contrôle du commerce intérieur des esturgeons», le caviar étant «une denrée très prisée localement dans ces pays».

La contrebande de caviar alimenterait 90% du marché français, premier marché de l’UE, estime le ministère de l’Ecologie. Au niveau européen, près de 12 tonnes de caviar importées illégalement ont été saisies en six ans (2000-2005) en Suisse et dans les 25 membres actuels de l’Union européenne, selon Traffic, une organisation non gouvernementale spécialisée.



Source : www.lalibre.be