KONICA MINOLTA tire un trait sur presque toutes ses activités dans le domaine de la photographie. Dans l'argentique, mais aussi dans le numérique. Hier, le groupe japonais a annoncé que 3 700 emplois seront supprimés dans le monde d'ici à septembre 2007, soit 11% des effectifs de l'entreprise née, il y a trois ans, de la fusion entre les deux grands noms japonais de la photo. A partir du 31 mars 2006, Konica Minolta cédera une partie de ses actifs à Sony. Konica Minolta avait signé avec lui en juillet un accord pour développer des appareils numériques reflex.

Il y a une semaine, un autre poids lourd japonais, Nikon, annonçait qu'il cessait la fabrication d'appareils argentiques pour se concentrer sur le numérique, qui représente à présent 98% de ses ventes. En France, les laboratoires de développement photo ferment les uns après les autres. Il y a deux semaines, le groupe Kodak a informé les 120 salariés de son site de Vienne, en Isère, que la fermeture était inéluctable. En juillet, Kodak avait déjà annoncé la fermeture de celui de Caen. Cinq mois auparavant, ceux de Nantes et de Toulouse étaient frappés. Et dans deux ans, le site historique de Chalon-sur-Saône aura disparu. Au niveau mondial, le groupe connu pour sa boîte jaune est engagé dans une restructuration qui coûtera 25 000 emplois.

La mutation de l'industrie photographique se poursuit. En vingt ans, le paysage a entièrement changé. «Avant l'arrivée du numérique, l'activité était extrêmement bien rodée, rappelle Matthieu Cortesse, chef de groupe photo et informatique de l'institut GFK. Le consommateur passait par trois étapes : l'acquisition de matériel photo, de films et les travaux photo, effectués sur place ou dans des laboratoires industriels. Depuis que les photos sont dématérialisées, une infime part finit sur un support papier.» Désormais, les cloisons entre les différents métiers liés à la photographie ont éclaté. Les consommateurs regardent leurs photos sur des écrans d'ordinateur ou de télévision ; ils peuvent imprimer eux-mêmes leurs clichés à domicile.

Canon et Olympus se reconvertissent

Les marques de référence dans cette industrie ont aussi changé. Canon s'est rapproché avec succès de l'informatique en fabricant des imprimantes photo ou multifonction et toute la gamme d'accessoires qui lui rapportent beaucoup d'argent (encre, papier...). Olympus a tenté, avec moins de bonheur, de se diversifier en lançant des produits hybrides, lecteurs de photos et de fichiers musicaux, mais aussi des imprimantes.

Venu de l'électronique grand public, Sony a réussi à se faire une place dans un univers où sa réputation dans le secteur de l'optique était nulle. D'autres nouveaux acteurs asiatiques ont aussi fait leur apparition comme Samsung, Casio ou Sharp. Panasonic a astucieusement noué un partenariat avec Leica pour gagner une certaine crédibilité dans ce nouveau métier.

La révolution en cours est loin d'être achevée. La vente d'appareils numériques continue à progresser même si les taux de croissance se réduisent à mesure que les foyers s'équipent. Ainsi, on estime qu'en 2005 4,6 millions d'appareils numériques ont été vendus en France, soit 10% de plus que l'année précédente. Mais les familles n'ont pas encore fait le plein : GfK estime que fin 2005 seulement 41% des foyers étaient équipés d'appareils photo numériques en France. Les coûts élevés du développement à la maison et la complexité liée à l'utilisation d'un PC découragent encore les réfractaires.



Source : www.lefigaro.fr