Ce projet, qui sera soumis à discussion lors du débat national sur l'eau arrête les options stratégiques de notre pays pour une gestion durable de cette ressource de plus en plus rare et menacée.

Selon des prévisions, le Maroc risque de connaître dans les quinze années à venir un stress hydrique. Devant cette alerte, le grand défi pour le Maroc consiste désormais à gérer ses richesses hydrauliques dans le cadre du développement durable. " Les exigences des projets de développement agricole, touristique et industriel, de l'urbanisation et de la croissance démographique et l'augmentation du niveau de vie de la population, génèrent une concurrence de plus en plus vive entre les divers usages de l'eau, accentuée par la rareté des réserves mobilisables et le coût de plus en plus élevé de leur mobilisation.

Dans ce contexte, le Maroc après le défi de la mobilisation de l'eau nécessaire à son développement économique et social, doit relever un nouveau défi, celui de la valorisation efficiente des ressources hydrauliques de plus en plus rares, dans une perspective de développement durable, d'autant plus que la répartition des eaux mobilisées est nettement déséquilibrée et pose des problèmes d'aménagement du territoire ", indique un rapport stratégique émanant du ministère de l'Aménagement du Territoire de l'Eau et de l'Environnement.

Un document qui pointe du doigt également les retards accumulés en matière de la prise de décision et son application sur le terrain. " Aujourd'hui, dix années après la promulgation de la loi sur l'eau, on se retrouve au niveau opérationnel, dans des situations tout à fait déphasées par rapport aux orientations issues de la loi. En effet, les études de base notamment l'étude du Plan national de l'eau (PNE) ne sont toujours pas réceptionnées malgré les grandes avancées réalisées dans la production des rapports techniques, comme dans le système de concertation, les textes d'application de la loi ne sont pas encore adoptés. D'autre part, la pertinence des décisions prises quant aux gros investissements publics, n'est pas évidente pour le moins qu'on puisse dire, ce qui s'explique par le fait que les structures et les mécanismes préconisés par la loi sur l'eau ne sont pas mis en place et appliqués ", ajoute le même document.

Cette situation devient de plus en plus préjudiciable à la lumière des prévisions alarmantes qu'annoncent les experts concernant les réserves nationales à l'horizon 2020.

"Compte tenu du capital eau actuel inférieur à 1000 m3/hab/an, le Maroc se trouve déjà dans une situation de stress hydrique. A l'horizon 2020, avec un capital en eau prévu de l'ordre de 750 m3/hab/an, le Royaume serait, selon les spécialistes, en situation de pénurie d'eau ", indiquaient Abdelmourhit Lahbabi et Mohamed Chaoui Roquai, auteurs du rapport " Evaluation des progrès réalisés en matière de développement durable au Maroc ", en préparation du Sommet de Johannesburg de 2002.

Conscient que la majeure partie du territoire est baignée par un climat essentiellement semi-aride, le Maroc a déjà pris les devants en suivant une politique des barrages. De même, les autorités ont créé en 1981, le Conseil Supérieur de l'Eau et du Climat (CSEC) et adopté la loi 10-95 (août 1995) sur l'eau. " Pourtant, le secteur souffre d'une inertie dans l'application des lois, des normes et des décisions prises.

La gestion intégrée du secteur ne dépasse pas le stade des vieux pieux et la coordination entre les parties prenantes reste très insuffisante eu égard à l'importance vitale et stratégique du secteur. Alors que le pays connaît un cycle grave de sécheresse et que certains bassins souffrent d'une situation de déficit critique, plusieurs dysfonctionnements peuvent être relevés, notamment le retard dans l'application de la loi 10/95, et la persistance dans la pratique d'une irrigation, responsable de la consommation de plus de 80% de l'eau avec des pertes de 50%, des pertes qui en même temps compromettent les réserves de plusieurs bassins", ajoutent-ils.

La Banque mondiale (BM) n'est pas tendre non plus quant à la gestion de nos ressources. Dans son étude " Royaume du Maroc : secteur de l'eau et de l'assainissement", publiée en décembre 2004, la BM pointe du doigt la surexploitation des nappes phréatiques : " Suite aux sécheresse récurrentes des vingt dernières années, le nombre de puits a augmenté de manière importante et le volume d'eau actuellement mobilisé dépasse le volume renouvelable au vu des importantes baisses de niveau constatées dans la plupart des nappes au Maroc ".

Par ailleurs, " faute d'ajustement tarifaires suffisants et réguliers, les opérateurs doivent surfacturer les raccordements aux réseaux. En retour, cela met l'accès au service hors de portée de nombreux ménages défavorisés, contrecarrant une priorité d'action sociale de l'Etat. (…) Malgré la priorité affichée de protection de la ressource et desserte rurale, la loi de finances 2004 continue à affecter une grande partie du budget à la construction de barrages", ajoute le rapport de la BM qui propose plusieurs réformes. Parmi celles-ci figurent l'amélioration de la stratégie générale par le renforcement de la concertation intersectorielle, " la préparation d'une loi cadre pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement en eau et pouvant inclure la création d'un organe de régulation.

L'avènement de la gestion intégrée des ressources appelle une amélioration de l'organisation du ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Eau et de l'Environnement ", conclut l'étude de la BM. Enfin, après ces perspectives peu encourageantes, concluons sur un rendez-vous optimiste qui place le Maroc, malgré le peu de moyens, parmi les pays doté d'une vision en matière de gestion de l'eau et qui dans ce cadre a institué le Grand Prix mondial Hassan II pour l'eau, dont la deuxième édition se déroule cette année sous le thème : " Coopération et solidarité dans les domaines de la gestion et du développement des ressources en eau ".

Cette récompense de 100 000 dollars est remise tous les trois ans, lors de la cérémonie d'ouverture de Forum mondial de l'eau dont la 4e édition se déroulera du 16 au 22 mars prochain à Mexico.



Source : www.lematin.ma