Il est des téléfilms qui n'ont pas été tournés pour rien. Le genre de fiction qui ne se limite pas à faire passer du bon temps au téléspectateur. Le procès de Bobigny appartient à cette catégorie-là. Il rappelle aux femmes d'aujourd'hui et de demain que leur droit à l'avortement n'a pas toujours été d'application. Il fut en effet un temps, pas si lointain que cela, où ce droit de choisir de donner ou non la vie n'était pas permis. Qui s'y risquait était passible d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à trois ans.

Une gamine de 16 ans

C'est ce qui est arrivé à Léa (Marie-Claire dans la vraie vie, puisque l'histoire est inspirée de faits réels). Une gamine de 16 ans. Insouciante. Qui vit ses premiers émois amoureux. Il y a le serveur du café tout proche pour qui elle craque depuis un petit temps. Alors quand il lui propose de la ramener après une fête, la brunette ne dit pas non. On ne fera que s'embrasser, pense-t-elle. Elle se fera violer.

En 1971, l'éducation sexuelle des plus jeunes n'est pas ce qui se fait de mieux. Quand Martine, la maman de Léa (Sandrine Bonnaire, plus naturelle que jamais), se rend compte que les vomissements cachent une grossesse, Léa tombe des nues : « On ne tombe pas enceinte au premier coup, quand même ? »

Ce bébé, l'ado n'en veut pas. C'est une certitude. Elle finira par avorter clandestinement.

Dénoncées, elles sont inculpées et arrêtées. Martine s'adresse à la seule avocate dont elle connaisse le nom, Gisèle Halimi (Anouk Grinberg, magistrale). Une femme d'une force incroyable qui se bat inconditionnellement pour le droit à l'avortement. Celle-ci lui propose de revendiquer son acte lors du procès, en déclarant que ce n'est pas Martine qui est responsable, mais bien la loi.

La force de persuasion de Gisèle Halimi, le courage sans faille de Martine et l'engouement (tardif) de l'opinion publique conduiront à la suspension de la loi de 1920 réprimant « la provocation à l'avortement et la propagande anticonceptionnelle » et, en 1975, à la promulgation de la loi Veil autorisant l'avortement sous certaines conditions. Une conquête, menée surtout par des femmes, qui a permis de mettre fin à bon nombre d'avortements pratiqués clandestinement.

En Belgique, il faudra encore patienter. Ce n'est que le 3 avril 1990 que la loi donne le droit à toute femme enceinte, dont son état la place en situation de détresse, de demander une interruption de grossesse. En 2003, un peu plus de 16.700 personnes avaient fait ce choix.



Source : www.lesoir.be