L'auteur italien, 79 ans, avance au-devant de la scène et salue la salle qui se lève pour l'applaudir et lui pardonne d'emblée ses trois quarts d'heure de retard à la "conférence musicale" au cours de laquelle il doit parler de son travail.

"La musique pour le cinéma est conditionnée par un art supérieur et l'effort que doit fournir le compositeur est de se retrouver malgré cela", expose-t-il modestement, sur fond de grand écran où sont projetés quelques extraits du "Désert des Tartares" ou de "Cinéma Paradiso".

"Pour la musique +absolue+, pure, le compositeur est seul en face de lui-même, en totale liberté. Pour le cinéma, il doit pouvoir se faire comprendre d'un public", poursuit Ennio Morricone dans sa langue maternelle qu'il anime d'une ample gestuelle.

L'assistance semble bel et bien le comprendre et rivalise de questions d'initiés.

Le compositeur aux quelque 400 musiques de film considère qu'il n'existe pas de "recette meilleure qu'une autre": "je lis le scénario, ou bien on me montre quelques scènes, ou encore on me livre le film complètement monté en me disant de faire ce que je veux", explique-t-il à l'AFP.

"Je me laisse au moins un mois pour composer. Mais pour +Le Bon, la brute et le truand+, je n'ai mis que quatre jours", dit-il à propos du film de 1968 de son fidèle complice Sergio Leone.

Employé actuellement pour la musique de deux films italiens, Ennio Morricone se force "depuis quelques années à accepter moins de commandes". "Je travaille certes plus que quand j'étais jeune mais en ressentant davantage la responsabilité de ce que je dois faire pour un film", avoue celui qui a accompagné les plus grands réalisateurs, parmi lesquels Bernardo Bertolucci, John Carpenter, Henri Verneuil ou Pedro Almodovar.

Avant de se livrer à ses admirateurs, venus avec force affiches de films et 33 tours à dédicacer, Morricone fredonne un air devant Yves Boisset pour lequel il a écrit la partition de "L'attentat" (1972).

Le réalisateur français rend hommage à son audace: "il peut nous pousser plus loin que ce que l'on aurait été capable d'imaginer. La musique permet ainsi de passer de l'autre côté du miroir".

Ennio Morricone reste associé au western européen. Ce qui le fait bondir: "cela représente moins de 30% de mes collaborations, je n'ai pas le sentiment d'avoir fait que ça... mais j'ai apprécié". "Et ne dites pas +western spaghetti+: j'ai utilisé des instruments typiques, des sons de la vie quotidienne, d'animaux, c'était du travail!", s'exclame-t-il.

Le maestro devait se produire samedi soir à Auxerre dans le cadre de la soirée de clôture du festival, accompagné du Roma Sinfonietta Orchestra et de plus d'une centaine de choristes.



Source : www.tv5.org