Une exposition s'est également tenue au musée Batha à Fès pour montrer les métiers et les savoir-faire gravitant autour du caftan. L'objectif, était de faire la promotion de Fès et de son artisanat auprès des opinions publiques des autres pays.

Un noble objectif, qui relève même de l'urgence. Ainsi, Widad Sebti, consultante chez la Maison de l'Artisan (organisme public chargé de promouvoir l'artisanat marocain) explique : "Il faut réhabiliter ce secteur, qui est en somnolence depuis des années, à cause d'un manque de créativité, de renouvellement. Les ventes d'artisanat ne cessent de s'éroder, et c'est l'objet de cette initiative de dynamiser la création et de restaurer l'image de marque de l'artisanat de Fès en particulier."

Effectivement, l'artisanat étant la première activité économique de la "belle endormie", avec 50.000 foyers qui en vivent, soit 250.000 personnes, l'enjeu est de taille.

Les organisateurs donnent donc aisément une dimension sociale à cette opération. C'est le cas de Touria Souaf, membre de l'Association "De fil en aiguille", organisatrice de la manifestation : "Il faut que l'on se rende compte à quel point les artisans dans la médina travaillent dans des conditions difficiles, leur précarité est totale. Il faut donner une dimension humaine à cette opération." Chose qui paraît difficile en trois jours seulement. "En fait, précise Widad Sebti, il y a le volet commercial, qui explique cette opération auprès des journalistes étrangers, et il y a le volet formation professionnelle." L'occasion pour elle et Abdellatif Mazouz, directeur général de la Maison de l'Artisanat, de souligner le programme "Vision 2015", cadre de la politique du ministère en matière d'artisanat.

Ainsi M. Mazouz a pu profiter de l'événement pour mettre en exergue l'action de la Maison de l'Artisanat et du ministère du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Economie sociale dont dépend celle-ci. Reste une interrogation de taille : comment promouvoir le volet commercial en trois jours seulement ? Car l'objectif est clair, il s'agit d'ouvrir des débouchés à l'étranger pour l'artisanat marocain. M. Mazouz a ainsi déclaré en conférence de presse samedi : "Les produits artisanaux marocains sont internationalisables, ils ont certes pignon sur rue au Maroc, mais cela ne doit plus suffire". Clairement, les autorités prévoient de trouver des réseaux de distribution larges pour l'artisanat marocain.

Une ambition louable mais qui risque de faire face à des obstacles culturels. Rappelons que l'objet premier de l'opération "De fil en aiguille" est la revalorisation des "petites mains" qui sont impliquées dans la réalisation d'un caftan. Ces artisans de l'ombre ont été mis à l'honneur le temps d'un week-end, mais peuvent-ils espérer trouver des débouchés parmi les populations européennes, pour un produit si culturellement marqué ? Ce n'est pas un problème pour la Maison de l'Artisanat.

Ainsi pour M. Mazouz, la production de caftan (et des autres produits d'artisanat) se modernise, sous l'impulsion de l'Etat, qui fait appel à des designers pour proposer des caftans, des bijoux, ou des tapis revus et corrigés en fonction des attentes des consommateurs européens, au premier rang desquels il voit la France, l'Espagne, l'Italie, la Grande-Bretagne, et l'Allemagne. Cela dit, il avoue que le commerce du caftan restera "de main à main", à faible échelle, puisqu'il s'agit uniquement d'un habit de cérémonie. Reste donc à savoir si la presse étrangère et française en particulier conviée à Fès ce week-end donnera à ce défilé de mode et de cette exposition une publicité suffisante.

Quoi qu'il en soit, les partenaires publics de l'Association "De fil en aiguille" (Wilaya de Fès, Maison de l'Artisanat, Office national marocain du tourisme, le Conseil régional du tourisme (CRT) de Fès) auront su recevoir leurs invités. Car derrière la promotion de l'artisanat, il y a celle du tourisme et de l'hôtellerie à Fès.

C'est ce qu'avoue sans détour M. Driss Faceh, président du CRT de Fès : "L'objectif, c'est de remplir les hôtels en basse saison". Un intérêt bien compris par le CRT, qui a même consacré 1,2 million de dirhams à cette manifestation. Un investissement massif donc, dont les artisans de la médina verront peut-être les retombées à terme. Enfin, souhaitons-le.



Source : fr.allafrica.com