Elle investit un champ de recherche encore peu exploré : celui des liens entre migrants et nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC).

En effet, elle relève une mutation profonde de la figure du migrant consécutive à l'emploi des NTIC.

Elle oppose ainsi la figure du migrant déraciné d'autrefois, à celle du migrant "connecté" d'aujourd'hui.

Et en effet, la sociologue démontre que les migrants évoluent tout autant sur les territoires électroniques que sur les territoires physiques. Les frontières sont désormais "dans l'ordinateur" des douaniers qui contrôlent les codes, les autorisations en interrogeant des fichiers informatiques.

De même, on remarque que leur forte mobilité et, pour certains, leur situation d'extrême précarité conduisent la plupart des migrants à se doter d'un téléphone portable.

Ils l'utilisent comme une adresse, c'est pour eux un moyen d'être contacté quelle que soit sa situation par un employeur par exemple. Mais c'est aussi un moyen de rester en lien avec les proches, les associations C'est une manière d'exister en tant que membre relié à un réseau.

C'est ce que Dana Diminescu appelle la "présence connectée".

Elle a d'ailleurs commencé sa réflexion en constatant l'importance qu'avait prise l'utilisation d'un téléphone portable lors du "siège" de l'Eglise Saint Bernard à Paris.

Ce fut un des éléments marquants du mouvement des sans-papiers en France : en mars 1996, des sans-papiers investissent l'église Saint Bernard et demandent, appuyés par des syndicats, des associations et des personnalités, leur régularisation. Grâce à ce "lien" avec l'extérieur qu'est le téléphone portable, ils ont pu faire entendre leur voix et médiatiser leur situation.

Dana Diminescu rappelle aussi, qu'aujourd'hui dans les parcours des migrants, l'aide la plus efficace qu'ils reçoivent n'est plus matérielle (hébergement, nourriture ) mais impalpable.

Désormais, prêter son "carnet d'adresse", intégrer le migrant à son "réseau" est la meilleure façon de l'aider.

C'est actuellement très courant, c'est ce qui fait dire à Dana Diminescu que les institutions s'acharnent à dire "non" à l'immigration en développant des systèmes de sécurité toujours plus fermés alors que la société, dans sa majeur partie, dit "oui".

Elle s'est dit, en ce sens, impressionnée par le nombre de migrants qui lui ont raconté leur trajectoire en précisant combien la rencontre avec ceux qu'ils appellent affectueusement "mon" Français, "mon" Italien...avait été un déclic dans leur vie.

Pour la sociologue, il n'existe pas de "solution miracle" pour les politiques migratoires, mais elle pense qu'il vaudrait mieux renoncer à "l'obstruction institutionnelle" pour canaliser les flux de population. Elle en veut pour preuve la situation dramatique qu'elle a observée dans une région d'un pays de l'Est. Les hommes y divorçaient énormément mais la majeure partie d'entre eux continuait à vivre avec leur femme et leurs enfants. Ils se remariaient fictivement pour modifier leur identité civile afin d'en changer une "donnée" pour tenter de repasser incognito la "frontière informatique" qui les avaient déjà refoulés.

Dana Diminescu travaille actuellement à la cartographie de la "géographie numérique" des diasporas. Il est surprenant de voir à quel point, les migrants sont producteurs de liens et ont investi l'espace numérique pour se relier entre eux mais aussi avec leur pays d'origine.

Les pays de "départ" l'ont d'ailleurs bien compris et tentent de créer des "corridors" informatiques pour ne pas se couper de leurs ressortissants et de leurs ressources potentielles.

Ainsi, le gouvernement philippin a instauré une carte à puce pour ses citoyens qui sert à la fois de carte d'identité, de passeport, et de carte bancaire. Elle s'est également déclarée intéressé par le processus participatif (via internet) de mise en place du Conseil supérieur de la Communauté marocaine de l'étranger. Elle n'en avait pas connaissance mais l'analyse comme une tentative de l'Etat-Nation de se renouveler et de régénérer son assise grâce aux nouvelles technologies.

Pour finir, elle s'est dite préoccupée par la généralisation de la délégation aux entreprises privées des banques de données et des systèmes de sécurité. La vigilance s'impose : on peut en effet craindre que l'usage qu'elles pourraient en faire, ne soit pas conforme au respect élémentaire des droits de la personne.



Source : fr.allafrica.com