Les jeunes Marocains dansent au rythme du hip hop
Par Blog marocain, mercredi 13 juin 2007 à 22:14 :: Art & culture :: #733 :: rss
Nombreux sont les jeunes Marocains à utiliser le hip hop et le rap comme moyen d'expression et pour parler des problèmes qui les concernent.
Les jeunes Marocains sont fascinés par un nouveau genre musical -- un mélange d'Orient et d'Occident mêlant le français, l'arabe et parfois même l'argot anglais aux cultures musicales du hip hop et du rap. Bien qu'elle ne soit pas exclusive au Maroc, cette forme d'expression culturelle très influente, qui combine souvent danse et athlétisme, nécessite des talents particuliers que de nombreux jeunes Marocains ont appris à dompter avec enthousiasme et technique. En fait, ils l'ont réinventée en lui donnant un parfum de folklore gnaoua, issawan ou marocain, développant ainsi un pur produit local.
Bigg ou "Al-Khasir ("Perdant"), tel qu'il est connu au Maroc, est l'une des nouvelles stars de la scène hip hop marocaine. Il affirme que ce nouveau genre est un produit de la mondialisation. Lors d'une récente émission télévisée, il a répondu aux critiques de ses paroles, que certains considèrent vulgaires et de mauvais goût. "Je n'oblige personne à m'écouter. Ce sont les gens, en particulier les jeunes, qui demandent à m'écouter", affirme-t-il. "De même, je ne force personne à acheter mes albums que l'on trouve dans les bacs, mais il s'avère qu'ils sont très demandés... Ce n'est pas moi qui vais vers eux, ce sont eux qui viennent vers moi…"
Bigg est si populaire que certains hommes politiques lui ont demandé de se produire lors de leurs meetings. Il s'est ainsi produit lors d'un rassemblement du plus important parti politique du Maroc, l'Union Socialistes des Forces Populaires, qui fait partie de la majorité gouvernementale. Bigg a fait part de sa disponibilité à se produire lors de n'importe quelle manifestation, quels qu'en soient les organisateurs, dès lors qu'on ne lui demande pas de changer ses paroles, la manière dont il les interprète ou son style vestimentaire.
De nombreux groupes de rap et de hip hop portent des noms assez bizarres, comme Darga, Hoba Hoba Spirit, H-Kayne, K-Fash, Fnaire, et autres. Ils constituent pour les jeunes un divertissement très apprécié et fournissent aux partis politiques une excellente occasion d'attirer les jeunes électeurs.
Pour Farid Naji, un jeune fan de ces groupes, peu importe qui organise ces concerts. "Cela ne veut pas dire que je vais à des soirées de hip hop simplement parce que je supporte ceux qui les organisent", a-t-il déclaré à Magharebia. "C'est une occasion de passer un bon moment avec des amis. On danse sur des rythmes fous et on se fiche pas mal de savoir qui organise la soirée et quelle est leur tendance politique... Nous savons que tout cela a un but bien précis, mais n'y prêtons aucune attention dès lors que l'on peut profiter de notre artiste favori."
Naji et ses amis ne ratent jamais le festival Boulevard des Jeunes Musiciens, et envisagent d'y aller en juin et de danser jusqu'à l'aube. "C'est notre droit, nous n'avons jamais critiqué les goûts de quiconque, et nous ne laisserons personne critiquer les nôtres, pour autant que nous ne faisons de tort à personne", explique Naji.
Ce festival du Boulevard est le plus important de ce type, et rassemble des jeunes musiciens à Casablanca, non sur la base de la renommée ou de la célébrité, mais sur celle de la créativité et de la compétition.
Nouamen Lahlou, un artiste de musique traditionnelle qui chante la célèbre chanson "Amana Aleik Ya Maghreb", explique que cet intérêt pour le hip hop et le rap vient du désir des jeunes générations de s'exprimer, comme l'ont fait les générations précédentes. Lahlou affirme que lors d'un concert qu'il a donné avec Bigg, "cent pour cent des gens qui étaient venus assister à ce concert étaient venues pour voir Bigg, pas moi".
Les critiques estiment que les jeunes Marocains, comme les jeunes du monde entier, ont pu assimiler cette nouvelle culture musicale avec une rapidité remarquable. Les racines du hip hop sont pour l'essentiel américaines, et les Marocains y trouvent la liberté d'expression et des valeurs telles que la liberté individuelle, la tolérance et la paix.
Khalid Raoudi, 16 ans, passe son temps libre avec ses amis à écrire et adapter des chansons aux rythmes du rap et du hip hop, en espérant qu'un jour, ils pourront former un groupe. Pour le moment, c'est juste un hobby. "Nous ne voulons pas de sermons tonitruants avec des grands mots difficiles à comprendre… Nous préférons appeler les choses par leur nom, et parler du nationalisme, du chômage, du coût élevé de la vie et de l'émigration, de la manière la plus simple pour toucher les gens ; la musique n'est qu'un moyen d'expression et de transmission de notre message, pour dire que nous sommes capables de donner et de créer."
Ce nouveau style de musique est souvent critiqué par l'ancienne génération de Marocains.
Mohammed Nougia, père de deux garçons fans de rap et de hip hop, est l'exemple type de cette génération. "En fait, je suis un peu inquiet de la musique que mes garçons aiment, que je trouve forte et sans goût. Je me demande pourquoi ils n'ont aucune sensibilité artistique, et si cette préférence aura un impact sur leur personnalité future. Mais je l'accepte en fin de compte assez bien, parce que c'est leur génération et que les jeunes musiciens ont leur âge ; accepter ce talent et ce sens de la créativité ne peut faire de mal."
Lors d'un talk show télévisé, le musicien Omar Essayed, l'un des membres du très populaire groupe Nass El Ghiwane, a indiqué que son groupe avait dû affronter des critiques du même ordre à ses débuts. Leurs aînés n'approuvaient pas une alternative à la musique classique paisible et leur reprochaient le type de vêtements qu'ils portaient et leurs styles de coiffure, mais les jeunes de l'époque les imitaient et les aimaient.
Le musicien Hassan Megri admet que "ces modes ont le droit d'exister, car elles sont l'expression des sentiments des jeunes et de leurs attentes, en particulier dans la mesure où ce groupe social ne se reconnaît dans aucune chanson". Il affirme également que "les jeunes ont ressenti le besoin de trouver un style de musique pour dire ce qu'ils sont et qui ils sont, et pour faire entendre leurs cris par des chansons qu'ils comprennent". Toutefois, Megri souligne également l'importance du choix de paroles appropriées qui correspondent à la culture marocaine, connue pour ses traditions conservatrices.
Ce qui sauve ces musiciens de rap et de hip hop aux yeux de leurs détracteurs est leur attachement à leur identité marocaine et leur sens du patriotisme. Prenez par exemple Bigg, qui chante "Marocains Jusqu'à la Mort", dans laquelle il dit: "Quiconque oppresse mon pays, nous l'oppresserons, quiconque lui veut du mal, je serais contre lui", voulant dire par là que les Marocains montrent de l'affection à ceux qui les aiment, mais s'opposent à ceux qui haïssent leur pays. La chanson du groupe de rap H-Kayne "Nous Sommes Tous Marocains" fait référence aux différences musicales, idéologiques et politiques qui divisent les citoyens, néanmoins liés par leur marocanité. Ces groupes trouvent également grâce par leur critique des tendances destructrices pour la société et nuisibles à la jeunesse. La célèbre chanson de Fnaire "Al-mshisha" condamne l'addiction des jeunes aux pipes à eau destinées à la consommation de drogue.
Younis Samih, membre du groupe K-Fash dont le style est inspiré par celui de Nass El Ghiwane, résume les choses. "Les paroles de nos chansons ne sont pas dégénérées, mais responsables, parce que nous voulons un rap pur au travers duquel exprimer notre perception de la réalité et l'étendue de nos préoccupations quant aux problèmes de notre société. Il souligne également notre rejet du terrorisme, le sujet du moment."
Source : www.magharebia.com
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