Depuis sa percée aux législatives de 2005, malgré un scrutin entaché d’irrégularités, la confrérie islamiste est sous le coup d’une sévère répression. Plus de 400 de ses membres sont actuellement emprisonnés. Parmi eux, des cadres clés du mouvement, comme Abdel Moneim Aboul Fotouh. Un réformateur, chef de file des modérés de la confrérie, très apprécié des milieux diplomatiques occidentaux qui soulignent son pragmatisme et sa capacité d’ouverture.

Ces arrestations ciblées d’islamistes réformateurs inquiètent les spécialistes, comme le chercheur Khalil el-Anani, qui craint qu’une telle stratégie ne radicalise au contraire le reste de la confrérie ou ne laisse le champ libre à un nouveau courant plus radical.

Soutien. Car dans la même veine, les autorités égyptiennes viennent de retoquer pour la quatrième fois la demande de création du parti al-Wassat (le Centre). Un mouvement qui revendique un islam modéré et compte des coptes parmi ses membres.

Son fondateur, Abou Ela Madi, un ancien Frère musulman en rupture avec la confrérie, a reçu le soutien d’une centaine de politiciens et intellectuels égyptiens qui dénoncent une tentative de l’Etat de museler toute opposition potentielle alors que les spéculations sur la succession d’Hosni Moubarak, 81 ans, n’ont jamais été aussi fortes.

Mépris. Face aux Frères musulmans, ses principaux opposants, l’Etat égyptien n’est pas mécontent de voir des concurrents émerger dans la sphère religieuse. Les salafistes n’hésitent pas à afficher un certain mépris pour ces islamistes, qu’ils jugent pervertis par leur désir de participer au jeu politique.

De leur côté, sans illusion sur un éventuel changement démocratique, de plus en plus d’Egyptiens choisissent désormais de capitaliser sur leur vie dans l’au-delà. A proximité de la mosquée al-Aziz Bila, haut lieu salafiste en banlieue du Caire, les librairies vendent avec succès des milliers d’ouvrages consacrés à ce retour à un islam des origines, sans concession. Une vague sur laquelle surfe la dizaine de chaînes satellitaires salafistes qui émettent depuis le Caire. Les plus célèbres, al-Nass et al-Hekma, ont atteint des sommets d’audience en cette saison de ramadan.

Cette tendance commence cependant à inquiéter certains cercles de l’Etat, qui notent que les derniers attentats commis en Egypte, comme celui du souk du Caire, en février, où une jeune Française a été tuée, ont été imputés à des groupes qualifiés de salafistes.



Source : www.liberation.fr